L’autorité, un jeu à trois composantes

D’où vient l’autorité ? Qu’est ce qui la fonde ?

Selon Eirick Prairat, philosophe de l’éducation, la réponse est simple : le savoir-faire, le savoir-être, l’expérience, les connaissances, les œuvres, la culture, les codes et les usages sociaux fondent l’autorité éducative. L’éducateur permet à l’enfant de construire le sens de son existence, petit à petit. Il lui ouvre l’accès au monde, en le rendant plus lisible et en l’invitant à y prendre sa place. D’où l’on voit que la relation d’autorité est toujours triangulaire : elle présuppose une référence idéale, une tiercéité à laquelle l’éducateur se réfère, l’Autorité avec un grand « A » et qui fonde son autorité, celle avec un petit « a ».

Une relation d’autorité éducative fait toujours référence à un idéal, un jardin à partager. Elle pourrait être schématisée ainsi :

L’élève et le professeur ne se trouvent pas à la même distance de cette référence idéale ; l’éducateur n’est pas la référence idéale, il en est juste un peu plus proche. Il peut conduire l’enfant vers des savoirs-être, des savoirs-faire, des connaissances et une expérience parce qu’il en a pris le chemin lui-même et qu’il en a compris le sens. Il met en oeuvre une autorité d’invitation et d’initiation, qui présuppose la reconnaissance : Ce type d’autorité ne fonctionne que si celui qui est soumis à la relation d’autorité la reconnait. De plus, cette forme d’autorité se termine, elle est temporaire. Nul n’a vocation à être le professeur d’autrui indéfiniment. Certes, on est le père ou la mère de ses enfants ad vitam æternam, mais on n’en est pas toujours le guide et l’éducateur.

Une relation de pouvoir pourrait être schématisée ainsi :

Dans une relation de pouvoir, l’éducateur fait référence à lui-même, « C’est comme ça parce que je l’ai décidé » , il est le directeur de conscience de l’enfant. Il s’agit d’une relation duelle. La finalité de l’exercice de l’autorité réside dans la relation elle-même ; c’est ainsi que dans une relation de pouvoir, l’on est tenté de rendre l’autre dépendant. Ce type de relation n’a pas forcément pour vocation de se terminer, mais plutôt de s’installer dans la durée.

Qu’en dit la Bible ?

Pour les croyants, il est évident que Dieu, sa Parole… représentent la référence idéale, le grand « A » de l’autorité. Mais gare aux raccourcis de pensée : Est-ce que tous ceux qui disent « avoir » l’autorité de Dieu construisent la communauté, comme le demande l’âpotre Paul (Romains: 15.22 Corinthiens: 10.8 ). Paul dira à Timothée : 1 Tim 4.12 : « Personne ne doit te mépriser parce que tu es jeune. Mais toi, montre l’exemple aux croyants, par tes paroles, ta vie, ton amour, ta foi, ta pureté. Ce que Paul souligne par là, c’est que ce n’est pas l’âge qui confère l’autorité, mais la compréhension de la référence idéale, l’exemple de vie que l’on donne par nos paroles, notre vie, notre amour, notre foi et notre pureté.

L’homme ne peut se référer qu’à ce grand « A » de l’Autorité que dans la mesure où il la laisse produire en lui ses fruits! Galates 5.22 : Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi.

Concernant la différence entre relation duelle ou triangulaire, la Bible montre de façon claire que Jésus ne se place pas dans une relation où tout procéderait de lui-même, alors même qu’il est Dieu, mais il fait toujours référence à son Père, le tiers nécessaire dans toute relation d’autorité saine, il dira, dans Jean 14.10  » Ce que je vous dis, je ne le dis pas de moi-même : le Père demeure en moi et c’est Lui qui accomplit ainsi ses propres œuvres. » ou encore, s’adressant au Père :  « Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée » dans Jean 17.22. Au contraire, de l’adversaire de nos âmes, il est écrit « l’adversaire qui s’élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de dieu… » 2 Thess 2.4. On voit bien que l’essence même du mal cherche l’exclusivité, la domination qui procède d’elle-même et l’installation d’une relation duelle, alors qu’une relation d’autorité saine relève davantage d’une porte ouverte vers une référence idéale. Jésus n’a-t-il pas dit « Je suis la porte des brebis » dans l’évangile de Jean au chapitre 10 ?

Un exemple

Dans le livre de la Genèse, Joseph, jeune et inexpérimenté a claironné devant ses frères aînés : J’ai  rêvé que vos gerbes se prosternaient devant la mienne… , en d’autres termes : Un jour, je vais exercer un pouvoir sur vous ! Bien des années plus tard, la souffrance lui aura appris à dire à ces mêmes frères dans Genèse 50.19 : « N’ayez pas peur, je ne suis pas à la place de Dieu… » Autrement dit : Je suis bien dans une position d’autorité aujourd’hui, mais ce n’est pas pour exercer un pouvoir sur vous ! Je suis là pour subvenir à vos besoins et même pour vous donner l’occasion de dépasser, vous aussi, vos comportements de jeunesse !

 

Souvenez-vous !

L’autorité éducative relève d’un jeu à trois composantes, où l’éducateur ouvre un lien, non pas vers lui-même, mais vers la source de l’autorité.

L’autorité éducative est une autorité d’invitation et d’initiation. Elle ne fonctionne que si celui qui est soumis à la relation d’autorité la reconnait.

L’autorité éducative se termine.

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