Ce que la relation d’autorité n’est pas

Cet article propose de différencier la relation d’autorité des dérives qui ne permettent pas à l’enfant de se construire. L’autorité est nécessaire dans toute relation éducative et c’est lorsqu’elle vient à manquer que peuvent s’installer des relations non constructives, allant du laxisme à la domination.

L’autorité n’est pas le pouvoir

Il n’est pas rare de confondre autorité et pouvoir. En effet, l’un comme l’autre s’inscrivent dans une relation particulière entre une personne qui est en train d’apprendre et une autre personne de niveau plus avancé. L’autorité est avant tout définie par le type de relation qu’elle induit : La domination induit une relation distante, la séduction conduit à une relation ambivalente et le laxisme aboutit à une relation confuse. L’exercice de l’autorité n’est pas simple domination, parce que l’autorité appelle de celui qui est en position basse dans la relation une forme d’obéissance qui est radicalement distincte de celle qui est impliquée dans la relation de pouvoir. « L’autorité n’est pas le pouvoir, car l’autorité n’est pas de l’ordre de la contrainte. L’autorité est de l’ordre de l’influence. » explique Eirick Prairat, philosophe de l’éducation.

 

Catégories

Caractéristiques

Le type de relation que cela induit…

L’autorité n’est pas l’autoritarisme, l’autorité n’est pas de l’ordre de la domination, de l’emprise. Imposer, contraindre, dominer, humilier, intimider, terroriser, tout décider, être figé, arbitraire… violence, pression, loi du plus fort, despotisme, tyrannie Relation distante

«  C’est comme ça parce que je l’ai décidé » 

L’autorité n’est pas de l’ordre de la séduction,  de la manipulation. Se comporter en copain, démagogie,

Faire du chantage, jouer sur les sentiments,

Faire une différence de traitement…

Relation ambivalente

« Je ne vous trouve pas attentifs, le Seigneur n’est pas content ! »

« Si vous écoutez bien, la semaine prochaine, il n’y aura que des jeux. »

L’autorité n’est pas de l’ordre du laxisme.

 

Céder, manquer de repères, laisser faire,  s’effacer, confusion, enfant roi, rapport mou l’autorité, autorité aléatoire ou évacuée… Relation confuse

« Bon, d’accord, mais juste une fois… »

 

Le fait d’obéir dans le cadre d’une relation d’autorité relève de tout autre chose que d’obéir dans une relation de pouvoir. L’autorité cherche à s’allier à une volonté naissante pour l’aider à vouloir. Le pouvoir impose et abuse de son autorité, voire tente de nier l’autre.

Zoom sur la Bible : qu’en dit-elle ?

Dans l’évangile de Matthieu, Jésus, le Maître, enseigne ses disciples à ce propos :

Matth 11.29 : « Je ne cherche pas à vous dominer. Prenez donc, vous aussi, la charge que je vous propose, et devenez mes disciples. Ainsi, vous trouverez le repos pour vous-mêmes. » (Version Parole de Vie)

Faisons un peu de grammaire et observons les verbes présents dans ce verset :

Jésus oppose deux verbes concernant sa posture d’autorité :  dominer/ proposer 

On voit clairement que l’autorité de Jésus n’est pas de l’ordre de la domination, son autorité invite : « Je vous propose », elle n’exige pas, même si par ailleurs, elle est très claire sur les conséquences de la désobéissance.

Au sujet d’une demande qu’il lui adresse, Paul dira à Philémon, au verset 14 : Je n’ai rien voulu entreprendre sans ton assentiment. Si tu veux m’accorder une faveur, il faut qu’elle soit libre et volontaire, et que tu n’aies pas l’impression d’avoir eu la main forcée. L’autorité implique une obéissance dans laquelle les hommes gardent leur liberté.

Les verbes que Jésus utilise pour inviter ses disciples sont les suivants : prendre, devenir, trouver

Aucun laxisme, l’autorité de Jésus responsabilise : « Prenez… la charge ! ». Non pas une réussite immédiate, mais une transformation intérieure et profonde, un souci du devenir : « Devenez mes disciples ».  Être partie prenante, adhérer… tout naturellement une relation de cœur à cœur qui conduit au repos : « Trouvez le repos pour vous-mêmes ».

La réussite immédiate demande une forme de dressage, alors que l’adhésion du cœur est un processus qui prend du temps et qui se construit à travers des réussites mais aussi des échecs. L’autorité n’est pas une fin en soi, elle nous aide à atteindre un but « trouver le repos », c’est à dire que les règles soient comprises et assimilées ; le disciple est invité à la maturité, la maîtrise de soi et l’autonomie… En effet, l’autorité n’est pas contraire à l’idéal d’autonomie. C’est la condition de l’accès à l’autonomie.

Et c’est justement quand la relation d’autorité vient à manquer que les relations d’emprise et de domination menacent de faire retour.

L’apôtre Paul choisit l’image d’une mère et d’un père pour décrire sa relation d’autorité avec les thessaloniciens : Jamais, vous le savez, nous n’avons eu recours à des discours flatteurs. Jamais nous n’avons tenté de vous exploiter sous le couvert de bonnes paroles… alors même qu’en tant qu’apôtres du Christ, nous aurions pu vous imposer notre autorité. Au contraire,… comme une mère qui prend soin de ses enfants qu’elle nourrit, nous avons…Comme un père le fait pour ces enfants, nous avons… »  1 Thess 2. 5 à 12.

 

Un exemple concret

Qu’est-ce qu’il ne faut surtout pas faire ?

  • Faire mine de ne pas avoir entendu
  • Proférer des menaces
  • Monter le ton
  • Exiger une chose que vous ne pourrez pas obtenir
  • Entrer dans un rapport de force.

 

Principes sous-jacents à mettre en œuvre :

  • Poser la règle : il est important de ranger pour…
  • Laisser le temps aux enfants de prendre leurs responsabilités
  • Redonner la règle et encourager
  • Donner des idées pour apprendre à ranger ou commencer la tâche avec l’enfant
  • Féliciter celui qui a fini de ranger
  • Les mettre en face de la conséquence de leur choix : si tu ranges maintenant, il te resteras du temps pour …/ si tu traînes, tu ne pourras plus…
  • Continuer de poser le cadre jour après jour, sans se décourager.

Souvenez-vous !

Poser le cadre relève d’une posture éducative. Imposer le cadre relève du dressage.

L’adhésion du cœur est un processus qui prend du temps. L’autorité éducative n’est pas une fin en soi, elle nous invite à atteindre un but : ici, il s’agit d’accéder à la maturité, la maîtrise de soi et l’automatisation d’un comportement sain pour toute la vie : savoir ranger ses affaires est un apprentissage banal mais très utile dans la vie !

 

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