C’est quoi, l’autorité éducative ?

Cet article propose de caractériser la relation d’autorité, permettant à l’enfant de se construire sainement.

Les différents sens du mot « autorité »

À strictement parler, la question « pour ou contre l’autorité ? » dans le débat éducatif n’a aucun sens. Car il n’y a pas d’éducation sans exercice d’une forme d’autorité. L’autorité n’est pas un élément ou un ingrédient du travail éducatif. Bien plus, éduquer et autoriser sont les deux faces d’un même processus, d’une même réalité.

Relevons les significations mises en avant en grec, en latin et en hébreu.

Habiliter, autoriser, susciter l’avenir

Le terme grec du mot autorité se rapporte à « kraino/krainen » et fait ressortir l’idée de la position du divin qui approuve tel acte humain par un signe de tête. Kraino signifie « exécuter » au sens opératoire du terme et « accomplir » au sens de parachever.

L’autorité se rapporte donc à l’action, au faire, au faire-faire ; elle habilite, consacre, autorise. C’est une autorité de caractère prophétique, qui suscite l’avenir et ouvre des perspectives. Ainsi conçue, elle n’enferme pas dans l’obéissance passive à des règles, elle ouvre des perspectives.

 

Augmenter, faire croître, faire grandir

Le terme autorité dans notre langue vient du latin « auctoritas », dont la racine est double : elle conduit à « auctor », qui signifie auteur et se rattache à »augere », qui signifie augmenter, faire croître, faire grandir. On peut dire que parce qu’il s’est lui-même autorisé, l’auctor (celui qui possède l’autorité) a le souci de faire croître l’autre. Il produit une autorité qui l’augmente, «l’élève », le fait accéder à l’autonomie, l’autorise à poser lui-même des actes lui permettant de devenir auteur.

Ainsi conçue, toute autorité détermine un changement, crée, ajoute quelque chose de nouveau à ce qui est déjà. « L’autorité a pour fonction première d’autoriser : autoriser à exister, à grandir, à apprendre, à se tromper, à être reconnu et respecté dans sa dignité humaine, à créer, à aimer. » (Guillot, 2006, p. 15).

« La distinction que font les latins entre « Potestas » et « Auctoritas » n’est pas inintéressante pour avancer dans notre travail de clarification. La Potestas est définie comme l’autorité de droit, c’est le pouvoir fondé sur la fonction, le grade ou le statut. C’est le pouvoir légal, reconnu et accordé par les instances supérieures de la société (instances militaires, gouvernementales, éducatives…) La Potestas est le pouvoir de prendre des décisions, de commander, d’exiger l’obéissance dans un domaine donné en recourant à la force ou à la contrainte, le cas échéant. Le professeur est investi d’une Potestas, c’est à dire, d’un pouvoir légalement reconnu pour exercer sa fonction, il a notamment le droit, droit institutionnellement défini et encadré, de réprimander si le besoin s’en fait ressentir.

L’auctoritas ne dépend d’aucune instance, on n’investit pas quelqu’un d’une Auctoritas. Elle émane de la personne; c’est ce que confirme l’étymologie puisque Auctoritas est dérivé d’Auctor, l’auteur, c’est à dire celui qui est la cause première. L’auteur d’une chose est celui qui est à l’origine de ladite chose. D’où ici toute une série de discours sur l’autorité naturelle ; certains seraient doués d’autorité, d’autres en seraient, hélas, dépourvus à jamais. Nous verrons que l’autorité est une attitude qui se travaille et se conquiert… L’autorité au sens d’Auctoritas produit les effets de la force tout en étant le contraire même de la force. » (Prairat, 1997, p 83)

Soutenir physiquement, intellectuellement et affectivement.

La racine hébraïque, « smikh’a », renvoie à l’habilitation par le maître, le rav, de son élève, le talmid, lui permettant d’enseigner à son tour.

Smikh’a est bâti sur la racine smkh, qui désigne l’appui, le soutènement, le soutien physique, intellectuel, affectif.

Elle s’accompagne du geste de l’imposition des mains, symbolique de l’ouverture et du lien avec, non pas le maître, mais la source de l’autorité.

 

Ainsi, éduquer, c’est autoriser. Autoriser à grandir, à expérimenter, à découvrir, à aimer, à tenter.

Grandir, c’est se sentir autorisé. C’est se sentir graduellement, progressivement autorisé.

 

Zoom sur la Bible : qu’en dit-elle ?

Observons la relation entre Naomi et Ruth.

Naomi, quoique minée par le chagrin, exprime son but pour Ruth : « Je voudrais assurer ton repos afin que tu sois heureuse. » (Ruth 3.1 version Segond 21)

C’est une femme qui a une perception spirituelle incroyable dans un quotidien que la souffrance n’a pas épargnée. Elle veut susciter un avenir à Ruth plutôt que de l’enfermer dans une obéissance qui la servirait elle-même, et va l’autoriser à devenir l’épouse de Booz pour ensuite faire partie de la généalogie de Jésus ! Son souci de faire croître l’autre alors qu’elle manque de tout, témoigne d’une autorité empreinte de la plus grande sagesse.

Toutes les femmes rêvent qu’on leur dise cette phrase un jour. « Je voudrais assurer ton repos afin que tu sois heureuse ». C’est une phrase d’autorité qui peut apaiser bien des relations familiales !

Observons la relation entre Paul et Timothée :

1 Tim 4.12 à 15 : Personne ne doit te mépriser parce que tu es jeune. Mais toi, montre l’exemple aux croyants, par tes paroles, ta vie, ton amour, ta foi, ta pureté. En attendant ma venue, applique-toi à lire les Livres Saints aux chrétiens, à les encourager, à les enseigner. N’oublie pas le don de l’Esprit Saint qui est en toi. Tu l’as reçu quand les prophètes ont parlé et quand le groupe des anciens a posé les mains sur ta tête. Fais tout cela avec grand soin, donne-toi à ce travail entièrement, alors tous verront tes progrès.

2 Tim 2.1 -3 : Toi donc, mon enfant, puise tes forces dans la grâce qui nous est accordée dans l’union avec Jésus-Christ. Et l’enseignement que tu as reçu de moi et que de nombreux témoins ont confirmé, transmets-le à des personnes digne de confiance qui seront capables à leur tour d’en instruire d’autres.

Quel soutènement ! Paul croit en Timothée, il l’encourage et lui donne des conseils. C’est le genre de personne qui vous dira « Je vais te donner tout ce que j’ai pour que tu t’en empares, que tu le transmettes à d’autres,et qui sait, que tu puisses aller encore bien plus loin que moi ! » Dans nos vies, ce genre de connexions est plutôt rare mais ce sont celles qui nous portent vers l’avenir que Dieu a prévu pour nous.

Invité, moi ?

L’on ne s’autorise jamais seul à être contemporain du monde. C’est par l’invitation et l’initiation que l’enfant peut s’ouvrir à la vie : L’enfant a besoin d’être autorisé, encouragé, invité par quelqu’un ! Les précisions concernant la construction du ministère de Timothée « de nombreux témoins, les prophètes, le groupe des anciens » n’est pas étrangère à cette idée.

Prenons un instant pour nommer les personnes qui nous ont permis d’être, de devenir, de grandir et de participer à une communauté.

Soyons des « Naomi » et des « Paul » envers nos enfants, ou envers les personnes qui se retrouvent sous notre responsabilité  !! Paul fait cette demande aux chrétiens de Rome dans Romains 15.2 : Que chacun de nous recherche la satisfaction de son prochain pour le bien de celui-ci, en vue de l’aider à grandir dans la foi.

 

About the Author

Laisser un commentaire