Mieux gérer sa colère et celle de ses enfants

 « Il est facile de se mettre en colère – tout le monde peut le faire – mais se mettre en colère contre la bonne personne, au bon degré, au bon moment, pour la bonne cause et de la bonne manière – ça, ce n’est pas facile, et tout le monde ne peut pas le faire. » Aristote

Cet article vous propose une analyse des relations parents-enfants lorsque la colère est au rendez-vous …

 

« Père, n’irritez pas vos enfants, mais élevez-les en leur donnant une éducation et des avertissements qui viennent du Seigneur. » Éphésiens 6.4 (Second 21)

«  Vous, les parents, n’exaspérez pas vos enfants par une sévérité excessive afin qu’ils ne conçoivent pas d’amers ressentiments contre vous. Éduquez-les comme le Seigneur nous éduque, en vous inspirant de ses conseils pour avertir et reprendre. Élevez-les dans une discipline aimante que le Seigneur puisse approuver. » Éphésiens 6.4  (version Parole Vivante)

Il y a beaucoup de chose à dires concernant ce verset. Mais dans ce qui suit, je vais m’attarder sur la première phrase. Dans la version originale, le mot grec utilisé « pater » désigne bien le père.

L’apôtre Paul a utilisé ce terme volontairement et s’adresse principalement aux pères.  En effet, Dieu les a placés à la tête de leur famille, ils sont responsables du foyer, responsables de ce qui se passe dans leur maison et leader de leurs enfants. (l’utilisation de ce terme s’explique aussi dans le contexte de l’époque où cette épître à été écrite : le père était « tout-puissant » dans sa famille, sans que l’épouse et les enfants aient voix au chapitre).

J’aime néanmoins le terme « parents » utilisé dans la version « Parole Vivante » parce que je crois que les mères peuvent également être disposées à la sévérité excessive… et aujourd’hui malheureusement, dans nos églises et la société toute entière il y a bien des mères (parfois des pères, les cas sont multiples) qui assument seules la charge et la conduite de leur foyer. Un ancien de mon église a coutume de dire que « Chaque verset de la Bible s’adresse à lui. » J’aime cette façon de voir parce que nous avons toutes et tous quelque chose à apprendre de ce verset, même si nous ne faisons pas partie des « pères » désignés par l’apôtre Paul.

Le mot « parogizo » traduit dans ces deux versions par exaspérer, irriter a pour sens premier : pousser à la colère, provoquer. Donc un père (par extension une mère, ou tout adulte qui éduque un enfant) peut pousser un enfant à la colère ?! Bien souvent on a l’impression que ce sont les enfants qui nous poussent à la colère…mais soyons honnêtes et nous verrons par certaines de nos attitudes combien nous les poussons bien souvent à être en colère.

1) Qu’est ce que la colère ?

La colère est une émotion, comme toutes les émotions, elle a été créée par Dieu. La colère en tant qu’émotion, est saine. Quand une émotion se manifeste, c’est qu’il y a une raison valable qui fait jaillir cette émotion.  Ressentir cette émotion n’est pas un péché contrairement à l’amertume qui peut en découler !

Au-delà d’une réaction de colère qui peut paraître incompréhensible, il y a par exemple un besoin impérieux de faire respecter ses valeurs, ou le signalement qu’une limite a été franchie. Si un automobiliste en face de moi grille un feu rouge, et me met en danger, je serai sans doute en colère. Dans ce cas, la colère est aussi l’exutoire de la peur ressentie. On peut aussi être en colère face à l’injustice, et dans ce cas, cela peut pousser à l’action. En soi la colère a toujours une utilité.

2) La colère mal employée

Celle que nous ressentons en tant que parents

J’ai coutume de dire que la colère est la partie émergée de l’iceberg. (soit 1/10ème de son volume). Très souvent, les 9/10ème , immergés, qui ont poussé à manifester de la colère sont en vrac, : de la déception, de la tristesse, de la frustration, de la peur, de la fatigue, de la culpabilité, du stress, un besoin émotionnel non comblé, un autre souci non réglé…Les raisons peuvent être multiples ! C’est ce que les auteurs du livre « La colère est un choix » appellent « la colère déplacée ». Pour eux il s’agit de la cause de 80 à 90 % de la cause de notre agressivité.

Cette colère déplacée me paraît être également celle que nos enfants subissent le plus souvent. Leur comportement que nous réprouvons à un moment donné n’est souvent qu’un déclencheur  pour évacuer toute cette colère déplacée. Elle n’est donc pas appropriée en terme d’intensité et peut-être même injustifiée. Demandons-nous si nous nous serions mis en colère à un moment où nous serions détendus, comme si nous étions en vacances  par exemple… bien des colères n’auraient plus lieu d’être si nous faisions ce petit exercice. Ce qui nous énerve au plus haut point à la fin d’une journée de travail, est souvent insignifiant  à un autre moment.

Cherchez les raisons qui ont provoqué votre dernière colère et vous trouverez au moins l’un ou l’autre des éléments précités. La colère est très souvent la conjugaison d’un ensemble de facteurs et ce qui la provoque doit être identifié, entendu et reconnu !

Ces mécanismes sont les mêmes pour les adultes et les enfants.

Face à la colère de nos enfants

La sévérité excessive dont nous pouvons faire preuve et dont il est question dans le verset me paraît être aussi un traitement inapproprié de la colère de nos enfants. Lorsque nous ne considérons que la manifestation de colère, laquelle semble dirigée contre nous mais sans essayer de comprendre ce qui en est à l’origine, nous nous trompons dans son traitement. Quand notre traitement de l’émotion de l’enfant n’est pas adéquat, alors nous « irritons » davantage celui-ci.

Bien souvent j’ai vu des adultes (et je suis du nombre) prendre la colère de leur enfant à la rigolade, en dérision ou bien la traiter à la légère, comme si elle était insignifiante. Agir ainsi, c’est comme nier ce qui se passe en eux ! Qu’adviendrait-il si en tant qu’adulte la personne en face de vous considérait comme puéril le fait que vous vous mettiez en colère et que votre colère n’était pas entendue ? A l’inverse, j’ai vu des parents (et je suis encore parfois du nombre), s’énerver au plus haut point et d’une manière inappropriée, pour de petites choses, causant par leur attitude même, beaucoup de dégâts dans le cœur de leur enfant.

Dans les deux cas, ces façons de réagir peuvent être destructrices, à plus ou moins long terme et peuvent amener l’enfant à concevoir « d’amers ressentiments ».

En tant que parents, nous sommes responsables de cela : si un enfant commence à être amer alors il pêche. Etre amer, ressasser sa colère, c’est pêcher aux yeux de Dieu. Il y a un verset de la Bible que nous avons parfois tendance à oublier tant il est dur à lire : « Celui qui fait tomber dans le péché un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux qu’on lui attache au cou une grosse pierre et qu’on le noie au fond de la mer » Matthieu 18.6

3) Comment réagir ? ECOUTER et ACCUEILLIR l’émotion

Il semble que pour traiter au mieux la colère d’un enfant, il s’agit d’essayer de rejoindre l’enfant dans ce qu’il ressent et de l’aider à formuler ce qu’il vit. Et dans l’absolu, lui laisser le temps et la place d’exprimer ce qu’il doit exprimer. (Même si la forme utilisée n’est pas appropriée : enfant qui paraît insolent, qui « répond , enfant qui crie, enfant en mode « refus »…) Ce qui signifie pour un petit comme pour un grand, dire des mots comme : « Je vois que tu es en colère, je comprends que tu le sois. »

Mettre un couvercle, ou bâillonner la colère d’un enfant n’a aucun résultat, si ce n’est à court terme. Effectivement si l’adulte fait preuve d’autorité (voir d’autoritarisme comme parfois c’est le cas), l’enfant s’arrêtera mais pas pour les bonnes raisons, vraisemblablement par peur de la sanction ou de la colère de l’adulte. Et vous n’aurez pas découvert en « bons explorateurs » du cœur de vos enfants que vous devriez être, les origines de leurs colères. En agissant de la sorte, vous perdez une occasion de mieux connaître vos enfants, d’approfondir la relation avec eux.

Laissez-moi vous donner un exemple parmi d’autres :

Lorsque ma fille avait environ 7 ans, elle est rentrée de sa journée de classe dans un état d’agitation extrême. Alors que j’étais tranquillement occupée à l’ordinateur, elle a commencé à « m’agresser verbalement », à s’en prendre à moi. J’aurai pu m’énerver moi-même de cette attitude (et au fond de moi c’est ce qui se passait ! Personne n’aime être agressé ! Et elle ne m’avait même pas dit bonjour !). Mais me souvenant de ce principe premier de l’écoute, je lui ai simplement dit très calmement : « Je vois que tu es en colère, mais je n’aime pas qu’on me parle comme ça. » Elle est partie furieuse dans sa chambre, la porte a claqué violemment. Puis au bout de 5 min, elle est redescendue en pleurs, et m’a expliqué ce qui n’allait pas : elle avait eu un souci avec une de ses copines.

On a pu en parler ensemble tranquillement et chercher des solutions pour résoudre ce problème. Je pense que si j’avais réagi de manière à museler sa colère, (en haussant le ton, en la punissant pour son « insolence », etc…) elle ne m’aurait peut-être jamais confié son problème parce que les conditions au dialogue auraient été fermées.

En aucun cas le traitement autoritaire de la colère d’un enfant ne sert à la construction d’une relation de bonne qualité sur le long terme entre un parent et un enfant. Après quelques années de mise en pratique, je peux vous assurer que je serais passée à côté de bien des tourments de mes enfants, si je n’avais pas agi ainsi, en les écoutant.

Pour conclure, je crois que le premier travail à faire avant de s’occuper de la colère de nos enfants, c’est de comprendre les mécanismes de la nôtre pour ensuite essayer de comprendre celle de nos enfants. Il y aura des conséquences positives à cette recherche pour tout votre entourage,  les enfants n’en seront pas les seuls bénéficiaires ! Je suis persuadée que Dieu nous a placés au sein de notre famille pour notre sanctification, pour notre croissance dans la maturité. La qualité des relations que nous y construisons, sont celles que nous sommes appelés à avoir avant tout avec Dieu lui-même, dans l’église, et par extension partout où nous sommes ! Cet enjeu est tellement énorme que le diable fera tout pour attaquer la famille de quelque manière que ce soit, en portant atteinte aux relations du couple parental, comme en perturbant les relations parents-enfants.

La colère de nos enfants (et celle que nous pouvons ressentir) nous place face à un défi : celui de développer notre patience, et notre maîtrise de nous-même, qui sont au nombre des fruits de l’Esprit ! Quelqu’un a dit : « On ne peut pas changer les autres, on ne peut que changer soi-même. » Pour que l’éducation de nos enfants soit conforme à ce que Dieu souhaite, nous devons passer par un chemin de réflexion personnelle sur ce sujet.

 

En bref…

 

La colère est une émotion utile et elle dit quelque chose d’important que nous devrions prendre le temps d’entendre, en toute circonstance, que ce soit pour nous-même ou pour nos prochains.

Ensuite, nous devrions apprendre à maîtriser notre colère et ses manifestations, pour devenir des êtres « lents à la colère »  et demander toute la sagesse à notre Dieu pour discerner tout ce qui vient d’être évoqué, dans notre quotidien.

 

 

 

Pour en savoir plus…

Une intervention lors d’un culte : « Le chrétien et la colère – entendre et comprendre ma colère pour agir autrement » par Yolande Ziegler-Schwab : https://www.epis-strasbourg.eu/?sermons=le-chretien-et-la-colere

Un ouvrage : « La colère est un choix » – Tim LaHaye et Bob Phillips,

Un livre qui traite de la colère en général, néanmoins le chapitre 10 et suivants sont très intéressants : la colère est-elle justifiable ? La colère et le pardon. Comment gérer votre colère ? … Des pistes pratiques très utiles !

 

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